Les algues vertes s'installent à l'année

Tapies au fond de l'eau en hiver, elles ont pourtant ressurgi Les algues vertes s'installent à l'année Une marée d'algues vertes a surgi, la semaine dernière, dans les Côtes-d'Armor. En plein hiver, alors qu'on les croyait uniquement estivales! Leur présence n'est pas vraiment une surprise pour Jean-Yves Piriou, scientifique à Ifremer, qui désigne à nouveau les nitrates coupables

...Eh bien,cette fois, les algues ont déboulé en plein hiver....Panique chez les associations écologistes : est-ce une nouvelle espèce colonisatrice, ou bien aurait-on tellement déversé de nitrates que l'algue en aurait oublié les saisons ? Rien de tout cela mais la situation n'en est pas moins grave. 

Après analyse, Jean-Yves Piriou, spécialiste de la question à Ifremer, à Brest, assure qu'il s'agit de l'ulva armoricana. La même que celle qui empeste les baies en été. L'algue n'a pas de pied. Elle flotte entre deux eaux et prolifère en général dans les baies peu profondes, quand viennent lumière et chaleur. Autant dire que les conditions sont loin d'être réunies à cette époque ! Selon Jean-Yves Piriou, il ne s'agit donc pas d'une prolifération, mais plutôt d'une migration. "Elles ne doivent pas pousser beaucoup en ce moment." Il explique leur arrivée sur la plage par "des conditions physiques" : courants, vents... 

La qualité de l'air en jeu  

Le scientifique n'est pas vraiment surpris. Il savait déjà qu'un stock d' ulves survivait l'hiver, tapi "sous quelques mètres d'eau, dans des petites cuvettes " et attendant l'été pour proliférer. La quantité n'a pas été évaluée. "Ce système hivernal reste à étudier. Un programme spécifique va se mettre en marche." En revanche c'est une révélation pour les habitants qui se croyaient à l'abri des marées vertes pendant les mois froids. 

Le coupable, Jean-Yves Piriou le connaît depuis longtemps : l' azote, essentiellement issu des engrais chimiques et des déjections animales, qui se transforme en nitrates. "En vingts ans, leur concentration a doublé dans les principales rivières de Bretagne." Dans le même temps stimulée par ce fertilisant, la production d'algues vertes est passée à plus de 50 000 tonnes. Les principaux sites sont la baie de Saint-Brieuc et la baie de Lannion, suivis des baies de Douarnenez, Concarneau, La Fresnais, Guisseny et Binic. La masse étouffe faune et flore. L'odeur fait fuir les touristes. Surtout, Jean-Yves Piriou craint l'ammoniac et l' hydrogène sulfuré qui se dégagent dans l'air, du fait du pourrissement. " Des riverains se plaignent de la vaisselle qui s'oxyde. On imagine ce que cela peut faire dans les poumons. Le problème c'est qu'il n'y a pas de mesure de qualité de l'air en dehors des villes." 

Au point où on en est, le scientifique assure que " les demi-mesures ne serviront à rien". Ainsi, d'après une étude d'Ifremer, pour réduire de moitié le stock en été en baie de Lannion (ce qui en laisserait tout de même plus de 2000 tonnes !), il faudrait que le taux de nitrates des rivières passe de 35mg par litre à 10mg. Autrement dit, revenir à la qualité de l'eau des années 70. Si elle passe un jour, la loi sur l'eau sera bien peu de chose face à un tel objectif

Sébastien PANOU. Ouest-France du 14 janvier 2002.

 

créé par Jürgen Wagner (wagjuer@t-online.de) dans le cadre du projet FLE "La Bretagne" réalisé en collaboration avec Manfred Overmann

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